____Fascinée, j'écoutais attentivement le récit de vacances de ma Nirvana. De ce que je comprenais, son séjour à Vienne ne s'était pas mieux passé que mon mois d'isolation et de frustration. L'inquiétude m'avait traversée l'esprit quand elle m'avait parlée des disputes presque rares avec ses parents, mais elle m'avait bien vite quittée lorsque mon Unique s'était mise à faire une sorte de caprice de princesse à ses parents, qui, nous le savions d'avance, avaient finit par céder. Et ma Nirvana allait donc passer la dernière semaine de vacances chez moi. Nous allions enfin nous retrouver entre nous, comme avant, sans complexe l'une envers l'autre, sans secret l'une pour l'autre et sans jalousie quelconque. Simplement parce que tout avait toujours été comme ça entre nous, nous avions toujours tout partagé, tout vécu à deux. C'était Nirvana et Méïko, et ça, tout le monde le savait. Ça n'avait par ailleurs jamais empêché les rumeurs de courir à notre sujet, nous étions un des sujets de conversation favoris au lycée, et nous en étions satisfaites, la provocation coulant dans nos veines. Nous avions en effet toujours aimé nous jouer du regard des autres et avions prôné le « plus ça choc mieux c'est » ce qui nous avait toujours été plutôt aisé, le côté financier n'étant qu'un détail négligeable pour nous. Nous avions donc toujours su entretenir la haine, les critiques et l'envie avec une facilité déconcertante qui ne faisait d'ailleurs que rendre nos camarades plus jaloux encore. Nous avions une chance folle, nous le savions et nous ne gênions pas pour le montrer et pour le faire savoir. Aux yeux de certains, la plupart d'ailleurs, nous étions des pestes, égoïstes au possible et complètement insensibles. En effet, ni l'une, ni l'autre n'avions de goût pour les crises de larmes incontrôlées et interminables pour un oui ou pour un non, je crois même que j'avais toujours eu pitié des gens larmoyants. C'était pour moi une preuve de faiblesse impardonnable que je ne m'étais jamais permise. Ainsi, du haut de mes 1m75, j'avais toujours été jalousée, enviée et méprisée, ce qui avait d'ailleurs renforcé cette attitude de provocation et d'arrogance qui me collait à la peau. Je cachais ainsi extrêmement bien aux yeux des autres l'immense manque de confiance en moi qui me rongeait intérieurement et dont seul mon ange du nom de Nirvana connaissait l'existence. Nous étions dans ma chambre lorsque ma mère rentrait chez moi en claquant la porte avant de venir nous étreindre. Toutes les trois, nous avions toujours été proches, ma mère étant la seule de nos parents à s'intéresser réellement à notre bonheur, émotionnel tout du moins, et à croire en nous. Elle était d'ailleurs la base principale de notre passion, vitale et commune, la musique. Cet art à la fois intouchable et fascinant. Toutes les deux, nous avions appris à jouer divers instruments en grandissant, bien sur, chacune d'entre nous avait ses préférences, les nôtres étaient d'ailleurs extrêmement différentes. Ma Nirvana avait trouvé son inspiration dans la musique électronique et ce n'était que derrière ses platines qu'elle se sentait réellement libre. Pour ma part, j'en étais restée à des instruments plus classiques qui n'étaient autres que le piano et la guitare sèche auxquels je mêlais parfois, souvent même, ma voix. Les deux instruments faisaient parties entières de ma vie et mon épanouissement personnel n'aurait put avoir lieu sans eux. Nous étions « musiciennes » depuis nos 6 ans et je pense que rien au monde ne nous aurait détournées de notre voie, la musique coulait dans notre sang et faisait battre nos c½urs. Nous avions d'ailleurs étonné tous nos camarades lorsqu'ils avaient appris que nous formions à nous deux un groupe répondant au nom de French Doll Provocation. Et il me semble que ce nom parlait de lui-même. Nous étions de véritables poupées de la provocation, à la manière de nos origines françaises.
French Doll Provocation Style.
____Et je parlais, et je parlais encore sans m'arrêter. Dans la voiture de Méïko, ce que j'aimais le plus, c'est que nous étions totalement seules. Le chauffeur ferme tout le temps la fenêtre qui donne sur la partie passager, parce qu'il sait que de toutes façons, il ne comprendra rien à notre conversation. Je sais que c'est un manque de respect total, mais après tout, c'est ma langue maternelle; et comme je n'aime pas les ordres et l'autorité, je ne me gêne pas pour parler cette langue grâce à laquelle je peux mieux exprimer mes émotions. Nos origines Françaises en rendent jalouses plus d'une, parce que ce petit truc en plus les fait tous tomber par terre. Mais moi je m'en fiche, comme Méïko. Au lycée, ils nous connaissaient tous, très superficiellement. Tout le monde connait nos noms, mais personnes ne peut se vanter de nous connaitre autrement que par la coupe de cheveux de Méïko ou mes sacs bizarres. Je savais que de toutes façons, personne ne me connaitrait jamais autant qu'elle. Elle était moi, elle était la musique de ma vie. C'était d'ailleurs avec elle que j'avais pris goût à la musique et à l'écriture. Depuis que je sais marcher, je fais de la musique et depuis que je sais parler, je compose. Ma guitare, c'est elle mon premier instrument, c'est l'instrument qui me rapproche le plus de l'univers de Méïko, il est incomparable aux autres, il est merveilleux son univers à elle. La seule différence que nous avions c'était son piano et mes platines. Et mes platines, elles sont sacrées, et même si Méïko n'aime pas les utiliser, et n'aime pas forcement le son qu'elles produisent, elle accepte que je scratche pendant certains morceaux, ou de m'écouter lorsque je pense avoir composé une mélodie sympa. Son piano berce les répétitions et certaines de nos chansons, mais ce que j'adore c'est lorsque je vois sa mère la regarder jouer en secret. Sa mère avait toujours été là lorsque nous en avions besoin, je l'admirais pour ça. Sa fille étant peut être une simple facette d'elle même, elle avait hérité de son agilité et de sa fraicheur qui court sur la partition. Elle était ma préférence à moi, elle m'acceptait comme j'étais. Et même si je savais que rien n'avait changé pour elle pendant ces vacances d'un mois, je savais aussi que ma vie prenait un nouveau départ. Lorsque je me suis rendue compte à quel point elle m'avait manquée, je n'ai pas hésité à menacer mon père de faire un scandale dans l'aéroport. Je savais qu'il céderait, et j'avais eu raison. La première chose que nous allions faire, c'était rejoindre la salle au sous-sol. Une sorte d'immense salle de répétition où tous les instruments du monde ce sont donnés rendez-vous. C'est dans cette salle que je trouve mon imagination pour notre musique, et dans le bureau de ma mère pour nos textes. Nous avions, nous, cette capacité à toujours trouver un terrain d'entente. La musique qui en ressortait était trop originale pour être commercialisée, mais cela ne nous empêche pas de faire quelques concerts et de rencontrer certaines personnes qu'on ne croise pas dans la rue. Ce genre de personnes, ce sont tout simplement des musiciens et écrivains célèbres. Nous venons d'un milieu plus que qualifié, et même si certains jours, nous en jouons, jamais je n'aurais osé me vanter du compte bancaire de mes parents - ou devrais dire, des comptes bancaires de mes parents ? - pour me valoriser. J'avais de la chance et je le savais. Mais ma seule véritable chance en fait, c'est d'avoir trouvé celle qui me complète. Celle qui est moi mais en étant elle-même. Ce sentiment-là, même ma langue maternelle n'aurait pas pu le traduire. Si les gens de mon lycée pouvaient savoir qui j'étais seulement à l'intérieur de moi-même, alors je pense qu'ils comprendraient ce perpétuel jeu de provocation qui entoure ma vie. C'est une bulle, une tapisserie qui cache le mur abimé d'un salon des années 30. Seule Méïko peut savoir à quel point je peux être fragile, à quel point je peux me poser des tonnes de questions, ou encore réfléchir à quelque chose qui n'a pas grande importance pour le monde extérieur. Ce n'est pas dans mon habitude de pleurer, et pourtant les seules fois où je me suis aventurée à cette pratique étrange, c'était toujours dans les bras de Méïko. En parlant je me rendais compte à quel point elle a toujours été là pour moi, et quelle part elle prend réellement dans cette histoire qu'est ma vie de petite fille gâtée du quartier doré. Elle ne m'avait jamais jugée, jamais rendu triste, et depuis 17 ans je ne m'étais jamais disputée avec elle. Je savais que ça n'arrivait à personne d'autre, ou alors à peu. A choisir je préférerais me valoriser avec ça, mais je ne le fais pas. Je n'ai besoin de le dire à personne. Je veux garder ce bonheur entre elle et moi. Nous vivons quelque chose de magnifique.
L'harmonie parfaite et indéfinissable.